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La Parque et le serpent - Essai sur les formes et les mythes

La Parque et le serpent - Essai sur les formes et les mythes

  • Date de sortie: 01-01-1955
  • Catégorie: Littérature
  • Editeur: FeniXX réédition numérique (Belles lettres)
  • Vues: 708
  • Date d'ajout: 04/08/2022 06:23

Le pouvoir de discerner, de reproduire et de produire des formes est peut-être
le plus important dont soit doué l’esprit humain. Tous nos arts et toutes nos
sciences y trouvent leur principe, comme si l’intelligence et le sentiment
esthétique n’étaient qu’une même chose. Dans le chaos qui s’écoule en
l’entraînant, l’homme réussit à ne pas perdre pied parce qu’il perçoit çà et là
quelques figures remarquables, source de ses images, de ses idées, et du pouvoir
qu’il a sur le monde. La connaissance tout entière n’est qu’un long effort pour
essayer de tout ramener à quelques formes connues, l’art nous donne le même
sentiment de puissance en soumettant le désordre de nos impressions à une
discipline formelle. Mais le poète, du fait qu’il travaille sur cette matière
complexe entre toutes, le langage, qui est à la fois pensée et musique, vision
et rythme, doit l’ordonner pour l’œil et pour l’esprit aussi bien que pour
l’oreille. Il œuvre pour Dionysos en même temps que pour Apollon. Les mètres,
les formes fixes, les règles des différents genres lui fournissent les figures
essentielles dans lesquelles s’inscrit le déroulement temporel de son œuvre. Il
trouve aussi, pour exprimer sa conception et sa vision du monde, ces formes
prestigieuses que sont les mythes. Il y a, si l’on veut, un mythe dans chaque
mot. Mais l’aptitude de la forme à se soumettre même ce qui lui est le plus
contraire, les choses, les êtres, les événements particuliers et accidentels de
la légende ou de l’histoire, apparaît davantage dans la création de certains
mythes privilégiés, qui savent si bien dégager en quelques traits les grands
ressorts de toute une action qu’ils demeurent à jamais dans l’esprit des hommes.
Entre les formes et les mythes, le poète est parfois cruellement tiraillé. Il
n’est pas rare qu’il se laisse entraîner trop loin, soit d’un côté, soit de
l’autre, oubliant ainsi la moitié de son art. Mais il fut donné à Paul Valéry,
en écrivant la Jeune Parque, de réaliser à un degré inusité l’harmonie la plus
intime qui se puisse concevoir entre un mythe et une forme, un mythe si
profondément pénétré de forme qu’il a pu devenir lui-même l’image d’un rythme.
Il nous a paru intéressant, à cette occasion, d’essayer de jeter quelque
lumière, en même temps que sur le problème général que nous venons d’évoquer,
sur la genèse d’un poème de Valéry.

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